Mondialisation: trompe-l'oeil du capitalisme
Chez celles et ceux qui se revendiquent de la gauche
critique à la gauche révolutionnaire, le terme de
mondialisation est de plus en plus cité. Pourtant,
après le capitalisme sauvage et le néolibéralisme, le
terme de mondialisation vient recacher ce que l'on ne
saurait dire : le capitalisme. La facilité du look ou
la perte de culture révolutionnaire n'explique pas
tout.
Que ce soit dans les discours du sociologue Bourdieu,
de l'organisation ATTAC ou lors de la mobilisation
pour le procès de J.Bové et ses amis, la
mondialisation présentée comme un fait nouveau, est
combattue pour ses dérapages, ses excès de la loi de
l'argent et de l'uniformisation qui guette la France
et l'Europe occidentale. Pourtant l'analyse du système
capitaliste dans lequel nous vivons est toujours
d'actualité : le capital a besoin de nouveaux marchés.
Il les crée aujourd'hui notamment avec ce que l'on
nomme la nouvelle économie (informatique, téléphonie,
Internet,... ), sinon il aurait fait comme grand-père,
il aurait tout fait pour nous faire des guerres
mondiales.
La mondialisation c'est le colonialisme
Pour ses tenants, la mondialisation est souvent
présentée comme un phénomène nouveau : apparition du
danger du modèle unique nord américain venant détruire
l'héritage culturel et les acquis sociaux de
l'Europe. Cela consisterait à dire que l'esclavagisme
et le colonialisme n'ont jamais existé, ou qu'on n'y
pense si peu que cela ne vaille d'être cité ! Pourtant
c'est bien d'Europe que sont partis au nom du profit
ou du capitalisme sauvage une utilisation mondiale de
la main-d'œuvre. Et que c'est bien au nom d'un modèle
unique que le développement économique est imposé
mondialement par le FMI. Quant à nos acquis sociaux,
ils sont bien issus de ce rapport mondial que nos
gouvernements au pouvoir favorisent dans le reste du
monde. La mondialisation des marchés capitalistes date
au moins du début de l'esclavagisme et du
colonialisme.
Mais la mondialisation des marchés n'est qu'une
conséquence historique du capitalisme tout comme la
guerre des étoiles a intéressé de très grands
investisseurs. Il n'est point là question de
simplifier une analyse, il prévaut dans toute période
de nommer ce qui vaut d'être nommé, sans chercher à
succomber aux plaisirs des accès spectaculaires des
médias.
Mieux que l'attaque, la contre-attaque
Mais il serait trompeur de voir dans la floraison des
discours lights un unique effet de style contemporain.
Pour de nombreux-ses d'entre elles et eux qui sont des
cadres de l'association ATTAC ou qui ne cessent de
faire des appels européens dans Libération, les enjeux
de la disparition des terminologies anticapitalistes,
tout en préservant les apparences d'une radicalité,
les placent au centre d'enjeux politiciens. Avec le
rétrécissement des poupées staliniennes, l'espace de
la gauche du PS reste à conquérir. Même si le PCF
garde un héritage ouvrier, c'est étrangement sur les
bases d'une défense des intérêts des classes moyennes
que cet espace est en train d'être réoccupé par les
ténors entre autre de la mondialisation ; c'est
l'aménagement du capitalisme qui en est l'enjeu, avec
sur cette question la recherche de la bonne conscience
face à la misère du monde, la sécurité d'un état
européen et le prestige d'une grande nation.
Cette bonne conscience face à la misère de ce monde
nous la retrouvons trop dans de nombreux discours
d'ATTAC. En quoi la revendication en faveur d'une
taxe dérisoire remet en cause l'inégale répartition
des richesses de la planète que le capitalisme
engendre ? Qui peut forcer les conglomérats
d'individus gérant les kilos de dollars à se
ponctionner, comme un système où le but du serpent
serait de se manger ? L'ONU ou la Banque Mondiale
selon nos vouloirs ? Sérieusement, c'est risible.
Utiliser la dépolitisation ambiante des années 8O et
les regains de mouvements que l'on voit réapparaître
depuis fin 95 pour mener à de telles impasses, est une
escroquerie qui ne mènera qu'à des sentiments de
trahison pour celles et ceux qui auront cru.
Etat, éthique et toc
Il en va aussi souvent de même pour celles et ceux qui
en réclamant un jour trop fort des droits à l'Etat se
sont retrouvé-e-s le lendemain face à la répression
partiale de ce même Etat. Les nombreuses apparitions
médiatiques de P. Bourdieu, les positions législatives
des syndicats SUD et le regain des revendications de
droit face à l'état d'après fin 95 ne peuvent guère
mener loin si la question même de cet Etat n'est pas
remise en cause. S'il s'agit de le réhabiliter, on
peut craindre que la fin de la mondialisation de
l'argent ne débute pas de suite. Et que pire se
développe un sentiment bien de chez nous, où les
exceptions culturelles qu'elles soient musicales ou
cinématographiques ne servent qu'à favoriser les
intérêts de la bourgeoisie nationale. C'est ainsi
qu'en luttant contre la mondialisation certaines et
certains en arrivent à défendre coûte que coûte la
francophonie qui est quand même un outil redoutable de
la politique coloniale française qui continue à être
perpétuée.
Les intérêts de la recomposition de cette gauche ne
nous intéressent évidemment pas. A nous de tendre avec
celles et ceux qui manifestent de plus en plus
d'impatience à rompre avec l'injustice de ce vieux
monde géré par le capitalisme. A nous de chantonner
que c'est reculer que d'être stationnaire.
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