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Réforme ou révolution agraire.


[L'effondrement du bloc de capitalisme d'État, la décomposition et la désorientation des courants marxistes orthodoxes, accentuèrent la crise des groupes gauchistes au Brésil. En 1992 les scissions se succèdent dans le parti de libération prolétaire (PLP), la majorité rejoignant la tendance Convergence socialiste du parti des travailleurs (qui formera plus tard le PSTU). Les minoritaires cherchent leur survie dans de successifs regroupements. De 1992 à 1996, les membres du Collectif intègrent le Movimento liga camponesa (mouvement Ligue paysanne) (MLC). Ils rompent alors avec le MST et avec ceux qui défendent le projet de front populaire dans la campagne. Ils participent à une occupation dans le Sertao central, communauté du Mufumbo. Le MLC se revendiquait des Ligues paysannes des années 50-60. Son Manifeste cherchait à se démarquer du programme agraire réformiste du MST et prônait des formes d'organisation nouvelles.]

Le Manifeste caractérisait la réforme agraire comme une mesure bourgeoise. Il y opposait l'idée d'une révolution agraire qui devrait exproprier les grandes entreprises capitalistes agricoles, défendait la socialisation des petites propriétés rurales qui devraient être incorporées dans un nouveau mode de production, sans coercition et à travers l'exemple. Le Manifeste ne faisait pas distinction entre terres " productives " et " improductives ", défendait l'idée que les occupations devaient s'étendre à tous les latifundia. Enfin, il critiquait le concept d'alliance ouvrière-paysanne, y opposant celui d'unité ouvrière-paysanne. Unité, puisque aujourd'hui la lutte dans les campagnes a la même importance que la luttes des ouvriers dans la ville. À l'époque, on commençait à peine à comprendre le changement structurel du prolétariat urbain et l'accroissement du prolétariat agricole. Le Manifeste proposait une forme d'organisation horizontale fondée sur des assemblées et des coordinations, lieux collectifs de pouvoir exécutif. Sans en être conscient, le MLC renouait ainsi avec la tradition libertaire, . Défendait une préparation politique des occupations afin que tous les occupants eussent pleine conscience des défis et des objectifs choisis. Revendiquait des droits et des devoirs égaux pour tous les occupants, n'admettant ni leaders ni privilégiés. Défendait un engagement dans les syndicats de travailleurs ruraux et dans les communautés de petits paysans et pas seulement dans les campements et occupations, rompant ainsi avec les attitudes corporatistes. Proposait que les syndicats et autres organisations populaires, adoptent des structures horizontales et non-bureaucratisées, instruments de la révolution (qui était alors encore vue sous la forme d'une prise du pouvoir). Enfin, le Manifeste prônait l'autodéfense armée des travailleurs, qui devrait aller de pair avec d'autres formes d'action directe.

[De 1993 à 1996, dans la région de Fortaleza, le MLC participe à des occupations, expropriations de bétail et autres actions directes contre la faim ; lesquelles se terminent parfois par de violents affrontements avec la police. Vers 1996, l'organisation entre en crise et beaucoup de militants abandonnent la activité ; certains d'entre eux parvenaient à peine à survivre dans une situation de grande misère. Le projet et la pratique du MLC n'avaient pas été suffisantes pour se poser en alternative aux réformistes. À partir de ce moment, une minorité restée active engage une critique des principes bolcheviques d'organisation et du syndicalisme. En fait, et dès 1990, les membres du Collectif avaient une expérience syndicale : à la base mais aussi dans les niveaux intermédiaires du Syndicat des travailleurs ruraux (STR). Pourtant, le Collectif n'a jamais réussi à aller plus loin que le courant syndicaliste de gauche de la Centrale unie des travailleurs (CUT). Prisonniers de cette conception - pour qui l'absence d'une direction révolutionnaire explique toujours les reculs de la lutte - plusieurs membres ont fini par glisser vers le syndicalisme institutionnel tout court. Néanmoins, ce furent précisément ces expériences qui ont permis aux restants membres du Collectif de élaborer la critique de la CUT et des syndicats en général.]

Le corporatisme et la bureaucratie sont des aspects constitutifs des syndicats et, en tant que tels, ils ne peuvent pas être utilisés dans une perspective révolutionnaire. Tout le contraire, celle-ci implique la création d'organisations autonomes, horizontales et en opposition à tout dirigisme et privilège Les syndicalistes sont devenus des spécialistes - beaucoup d'entre eux à l'esprit autoritaire -, pour qui le syndicat est un gagne pain, leur garantissant un bon salaire, une bonne retraite, un niveau de consommation aisé et un sentiment de pouvoir ; tout cela sans avoir besoin de travailler. Nombreux sont les syndicats qui ressemblent à des entreprises, où les patrons-syndicalistes adorent l'air conditionné, reproduisent les rapports salariaux avec leurs subordonnés, parfois très mal payés. Même des individus honnêtes, avec des idées révolutionnaires, lorsqu'ils s'occupent des tâches syndicales finissent par se laisser coopter avec plaisir par la bureaucratie, freinant ensuite les luttes. C'est exactement ce qui est arrivé avec le Syndicat des travailleurs ruraux de Itaitinga qui avait été créé par des membres du Collectif.



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