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Du côté du groupe " autonome "


3.1 Se dégager du MST

5.1 Reconquête de la dignité et du respect mutuel
L'expérience politique du groupe " autonome " de Boqueirao se réduit pour l'essentiel à la reconquête de la dignité et le respect mutuel de compagnons et de compagnes qui sont toujours restés en marge des décisions et des actions prises par la majorité des " assentados ". Ne faisant pas de concessions aux valeurs et aux pratiques propres à la société bourgeoise, leur lutte s'est développée autour de quelques orientations précises :

  • 1) Les femmes restèrent cantonnées à la condition d'êtres soumis aux maris et n'ont jamais eu un réel pouvoir de décision dans les assemblées et autres structures du " campamento ". Les femmes du groupe autonome ont mené une bagarre contre les valeurs du patriarcat afin de conquérir le droit à la parole. Les autres femmes continuent à être soumises à un contrôle serré de " leurs " hommes ; elles ne votent que lorsque c'est dans l'intérêt des chefs de famille.
  • 2) La jeunesse, n'a aucune possibilité de participation à la vie politique du " assentamento ", elle n'a pas accès aux loisirs et souffre du même processus de massification que la jeunesse des périphéries urbaines. Plus précisément, les jeunes des campements sont forcés de vendre leur force de travail dès leur plus jeune âge ou de travailler dans les terres de leurs familles. A travers les discussions et les activités culturelles, le groupe autonome s'est efforcé de réveiller les jeunes à la lutte contre l'oppression quotidienne.
  • 3) À l'intérieur du groupe autonome, on a soutenu les " familles agrégées " afin qu'elles aient les mêmes droits et mêmes devoirs que les " assentados ". On a ainsi créé un potager collectif, organisé des réunions avec large participation et décision de tous les présents. Des activités furent organisées sur des thèmes permettant aux occupants d'élargir leur horizons de lutte (soutien à Mumia Abu Jamal, contre les 500 ans de la " découverte " du Brésil, etc).
  • 4) Compte tenu du processus de destruction de la nature par la culture intensive capitaliste la question écologique est centrale. Un chiffre terrible suffit pour prendre la mesure de l'ampleur du problème. Tous les ans, dans ce seul "assentamento", on brûle 30 à 40 hectares de terre.

Dans la lutte menée par le groupe autonome contre la culture intensive, il y eut trois moments importants :
  • L'opposition aux brûlis au bord du plan d'eau, lesquels provoquent progressivement l'érosion et l'effondrement des terrains. Le débat sur la question des brûlis fut difficile, y compris au sein du groupe autonome. Depuis des générations, les paysans ne connaissent que ce moyen traditionnel, et ne savent produire que les légumes traditionnels. C'est pourquoi il faudra tenter une expérience productive alternative, montrant concrètement et dans la pratique qu'il existe d'autres manières d'utiliser la terre.
  • La lutte contre la contamination du plan d'eau par le dépôt d'ordures de la ville d'Acarape, qui se trouvait sur une des rives du plan. Ce fut une dure et longue bataille menée contre la Préfecture, avec des campagnes de presse, d'agitation et d'information auprès des habitants et des institutions officielles de l'État du Ceara. On est allé jusqu'à bloquer les bennes à ordures. À la suite de ces mobilisations, le dépôt d'ordures fut déplacé, mais l'eau de la réserve reste contaminée...
  • La lutte contre le pompage de l'eau de la réserve par l'entreprise YAMACON, qui avait même construit un système de tuyauteries entre l'usine et le plan d'eau. Cela fait à peine quelques mois qu'on a réussi à suspendre le pompage des eaux, lequel se poursuivait selon un ancien accord entre les " chefs " du " assentamento " et YAMACON. L'entreprise avait accès à l'eau en échange de la distribution de paniers d'alimentation et quelques heures de travail de tracteurs sur les terres occupées. La direction du groupe majoritaire, liée à la CUT, menace toujours de renouer cet accord.

[D'autres difficultés existent : d'une part les désaccords politiques entres les membres du groupe autonome et les membres extérieurs du Collectif, d'autre part l'hostilité des chefs du groupe majoritaire envers les membres du groupe autonome. L'alcoolisme, très répandu parmi la population rurale, fait des ravages chez les copains du groupe autonome du " assentamento ". Enfin, des maîgres moyens financiers empêchent les contacts avec d'autres groupes, rendent difficile la circulation de l'information et renforcent l'isolement du groupe autonome, son sentiment d'impuissance et de dépendance.]


5.2 Résister à la vague réformiste
Peut-être, ne pouvons nous pas prétendre assumer certaines tâches qui ne sont pas encore mûries par les conditions historiques. Les décennies de 80 et 9O ont vu l'affirmation, dans les campagnes brésiliennes, d'un projet politique réformiste, dépassant la ligne du parti communiste qui plaçait, jusqu'aux années 70, le mouvement paysan à la traîne d'une soi disant bourgeoisie progressiste ou démocratique. L'apparition et le développement du MST a, avant tout, signifié l'émergence des travailleurs ruraux comme sujet historique indépendant et capable de se constituer en force politique et sociale importante dans le cadre de la lutte de classes dans le pays. Certes, l'affirmation de cette force (comme de toute autre que les travailleurs ruraux !) fut marquée par la théorie et la pratique des courants dominantes dans le siècle, par le nationalisme et l'" internationalisme étatique ", dans toutes ses variantes social-démocrate, staliniennes et trotskistes. Dans les années 80 et 90, toute critique du MST trouvait ses limites et insuffisances dans le fait qu'elle était encore marquée par les conceptions et les pratiques qu'elle cherchait à dépasser. La suprématie du MST relevait non seulement de la force de son appareil mais surtout de la sympathie des exploités et opprimés vis-à-vis de son projet. Tant sur le plan national que international, cela était suffisant pour isoler et déformer la critique révolutionnaire.

[L'expérience du Collectif peut servir d'exemple. Sa survie a toujours dépendu de facteurs autres que le volontarisme, des facteurs non contrôlables liés à la situation sociale générale. Le mérite du Collectif fut de résister à la vague réformiste. Au départ, sa critique était encore très marquée par le poids de l'idéologie marxiste-léniniste. Elle a évolué. Aujourd'hui il est clair pour le Collectif que, si le prolétariat rural est une force majoritaire dans les campagnes, la pratique du MST reste dominée par la logique du marché. D'où les difficultés pour qu'un mouvement révolutionnaire s'affirme dans les campagnes.]

La politique du MST, du réformisme et de l'activisme de l'extrême-gauche, sont condamnées à échouer. Si entre temps une alternative révolutionnaire ne s'affirme pas, elles peuvent même participer à la création de conditions nécessaire à l'avènement d'un nouveau fascisme, qui se présente dès aujourd'hui sous un masque libéral. Car ces forces ne réussissent pas à développer des réponses concrètes aux défis de la mondialisation du capitalisme. Elles restent dans le champ étroit des idéologies et des luttes de l'État national. Sans en être conscientes, elles portent en elles un cadavre...
Le dépassement du MST ne peut se faire que par la constitution autonome, comme mouvement social, d'un nouveau bloc de forces au niveau international, regroupant des millions de personnes conscientes et organisées. Des expériences comme celles du Collectif du Ceara peuvent aider à ouvrir le chemin. Si le travail politique dans les campagnes ne doit pas être la tâche exclusive d'un groupe, le fait est qu'on ne peut pas avancer sur la question globale sans une telle expérience. Pour commencer, les libertaires, autonomes et autres, doivent cesser de propager des illusions sur le MST. Seulement à partir de là nous pourrons contribuer à la création de conditions historiques où pourra s'affirmer un mouvement autonome, dans les campagnes et ailleurs.

Ceara, Brésil, mai 2000


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