Des coups bas à Bakou des coups de boule à Kaboul Le 11 septembre 2001 pourrait être la date du début du siècle. Comme force symbolique, une attaque militaire d'une grande ampleur contre le capital le plus hégémonique de la planète ; et aussi comme point de départ d'une certaine accélération de l'histoire. Car au-delà du spectacle d'une contestation dure et extrême du piédestal étasunien, c'est maintenant une offensive large et implacable de contrôle de la région-monde à laquelle nous assistons, et que nous subissons. De la reprise en main de certaine région, de la course à la concurrence entre grandes puissances, du resserrement du contrôle de la société toute entière par l'Etat ; c'est tout un renforcement des positions du capital et des Etat démocratique qui se produit. Des tractations diplomatico-secrètes aux indices les plus loufoques, c'est un formidable roman d'aventure ou policier qui peut s'échafauder avec tout ces événements. Pourtant ici les supputations et intuitions ne nous intéresserons pas. Que des Etats et leurs services secrets puisse élaborer toutes sortes de coups tordus, ne doit pas nous faire oublier que la guerre n'est pas un élément extérieur, ni même un outil du capitalisme ; mais qu'elle en est une composante, un moment de la vie du capital. Ainsi il paraît urgent de démêler les enjeux qui se posent. Des enjeux qui sont inhérent au développement de ce monde. Colosse au pied d'argile, les USA semblent assez forte pour éliminer, comme avec les taliban ou Al Qaida, ou isoler, comme avec l'Irak, les oppositions trop arrogantes. Plus que jamais, c'est à l'intérieur de ses rouages que le capital pourra être mis à mal, en remettant en cause sa capacité de production, sa capacité de domination, en rendant caduc toute valorisation capitalistique. Avant d'élever une quelconque armée, c'est en refusant de marcher au pas, pour la démocratie et pour le monde tel qu'il est aujourd'hui que le renversement et le bouleversement des rapports sociaux peut s'entrevoir. « Nous sommes préoccupés par les opportunités économiques qui peuvent nous échapper, ici, si la stabilité politique ne peut pas être restaurée. » déclaration de Robin Raphael –assistant du secrétaire d'Etat américain responsable du sud de l'Asie- à l'AFP lors de sa visite en Afghanistan le 19 avril 1999. Parmi les faisceaux de raisons de l'invasion du Koweït en 1990, une des justification du régime Irakien pour annexer le Koweït était que l'Irak considérait avoir été un véritable rempart, par le long conflit Iran/Irak, pour les monarchies pétrolifères du Golfe face à la menace expansionniste iranienne. L'Iran chiites récuse en effet la légitimité des pouvoirs en place sur la terre sainte d'Arabie, ce qui est évidemment une menace pour la stabilité économique de la région et du monde. On le voit, dans les diverses opérations de police mondiale, le partage de zone d'influence et la répartition des part du marché mondiale en sont les véritables moteurs. Des enjeux et des concurrences autour d'un lac salé… La région de la mer Caspienne est elle même considéré comme un alternative au Moyen-Orient en matière d'hydrocarbures1. Enjeu économique fort quand on sait que le royaume d'Arabie détient des réserves mondiales de pétrole; enjeu lucratif et vital quand on sait qu'il est prévu que la demande double dans les vingt cinq prochaines années. Dans toute la région de la Caspienne, de nombreux pays sont riches en gisement de pétroles ou de gaz, voir d'autres matières de ce type. Le Tadjikistan, le Turkménistan, l'Ousbékïstan sont donc des pays au sous-sol riche, beaucoup de gisement ont été découvert récemment (il y a un an ou deux) et tout n'a d'ailleurs pas encore été exploré. Le Kazakhstan est même surnommé le « New Koweït » par les prospecteurs pétroliers, tout simplement. Il y aurait 65 milliards de barils estimés dans son sous sol (15 milliards de barils prouvés déjà)2 . En résumée, cette région est la troisième réserve mondiale de pétrole, derrière la région du Golfe et la Sibérie occidentale. Bien que le pétrole ai été jusqu'à maintenant plus cher à extraire ; il prévu que vers 2015, 5 % du marché soit fourni par ces gisements, ce qui déjà influencera le cours du pétrole. On peut imaginer toute les convoitises qui se révèle alors, et il es il impensable de rester en dehors de ce marché potentiel. On le voit, dans cette région, aussi, se joue des concurrences entre grandes puissances capitalistes, ayant un poids dans les politiques mondiales. La Russie et l'Iran sont les deux grandes puissances historiques de la région de la mer Caspienne, leur situation géographique et leur implantation en font un acteur incontournable pour tout développement sur les pourtours de la Caspienne. Ce sont par exemple la Russie et l'Iran qui ont fait obstacle à la construction d'un oléoduc sous la Caspienne reliant Bakou, et contraignant les projets américains. Pourtant les ex-république soviétique encore intiment liées à la Russie, cherchent à se démarquer de la tutelle russe, et voient donc d'un œil favorable la multiplication des acteurs économiques dans la région. Les USA sont arrivées en force dans cette région depuis 10 ou 15 ans, et n'ont eut de cesse d'étendre et de renforcer leur influence. Au delà de l'intérêt économique, c'est de contenir et d'affaiblir la Russie comme l'Iran que recherche le gendarme du monde ici. En effet la Russie, qui était hégémonique dans cette partie du monde, n'a eu de cesse d'être affaibli, d'abord en quittant l'Afghanistan, par l'explosion de l'URSS et par l'implantation des entreprise américaines. Pourtant la Russie reste une puissance incontournable, on le voit quand elle refuse la location des ses oléoducs, on par ses alliances avec l'Iran et la Chine. Ainsi les USA profite de son affaiblissement, mais la ménagent, comme le décrivait Patricia Manceau en 19993 et comme on a pu le voir durant la phase de bombardement US sur l'Afghanistan. La Russie reste plongé dans un chaos tant au niveau de son économie que de la vie sociale, depuis au moins la chute de l'URSS. On a vu sa perte d'influence internationale, notamment lors de la guerre du Golfe ou plus récemment lors du conflit du Kosovo. Bien que ne réussissant pas son projet de devenir une puissance capitaliste incontournable, notamment par sa position géographique unique, qui lui permet d'être la seule puissance eurasiatique; la Russie reste un partenaire aux atouts non négligés. Et puis, la perspective que la Russie s'enfonce dans un chaos complètement ingérable est une menace pour la stabilité mondiale. L'Iran sort peu à peu de son isolement de la scène internationale, et devient donc un partenaire à approcher, et non plus un pays à enfermer le plus possible. D'où un réel réchauffement de l'Iran avec le grand Satan US. L'Iran a une place clef dans la région, due notamment à sa situation géographique. Elle garde des contacts avec la Russie, mais n'hésite plus à engager des pourparlers avec les USA. Au grand-dam des intérêt russes. L'Iran n'est pas en retrait dans ce conflit, elle a ses cartes au sien de l'alliance du nord, c'est l'Iran qui a fourni les uniformes à cette armée, par exemple. En pleine expansion capitalistique depuis plus de 15 ans, la Chine représente un marché exponentiel (rien que pour un marché, certes à forte valeur ajouté, mais qui reste un marché confiné, le marche du luxe qui est 1% du marché chinois, celui –ci regroupe 13 millions de consommateurs. De quoi rendre hystérique bon nombre d'investisseurs), une force militaire capable de sortir de ses frontières (on l'a vu récemment avec des manœuvres maritimes autour de… Taiwan), un partenaire de choix aujourd'hui. Et on voit mal la Chine laisser se faire le partage de l'Asie du Sud sans mot dire. D'où les tractations et autres courbettes (comme le refus de délivrer un visa par l'Etat français au président taiwanais) depuis le début du conflit. Un autre nœud pour pouvoir extraire un intérêt de ses richesses, c'est de pouvoir les acheminer. Et cela passe alors par un réseau d'oléoduc. Réseau qui reste aujourd'hui à construire . Il existe trois projets d'oléoducs. Le premier passe par l'ouest, et donc par la Russie, l'Azerbaïjan et enfin la Turquie. Les USA sont d'un côté réticentes à passer par la Russie, car cela lui donnerait un point politique et stratégique , en plus qu'elle a déjà refusée de louer ses oléoducs déjà existants. Par contre les USA sont plus que favorables à passer chez leur allié dans la région, la Turquie ; bien qu'il faille passer par le Kurdistan avec les risque de sabotage que ne manquerait pas de faire le PKK. Cela explique aussi l'acharnement de l'Etat turque pour éliminer cette opposition (le dernier conflit en date est celui dans les prisons, réellement sanglant pour les militant-e-s communistes et/ou nationalistes), et le refus de négocier quoi que ce soit autour de cette région. Le second oléoduc passe par le sud- ouest, et donc par l'Iran, ce qui dans l'état actuel des choses paraît peu probable, car cela renforcerait beaucoup trop la position de l'Iran sur l'échiquier. Le troisième enfin, passe par l'Afghanistan. Evitant les autres écueils précédents, il n'est bien sûr possible qu'en stabilisant ce pays. Ce qui ne semble pas une mince affaire. La question des oléoducs est plus complexe que ces trois alternatives. La plus logique géographiquement reste de passer par l'Iran, mais les USA bloque le plus possible cette solution. Du point de vue de sa pénétration dans la région et des infrastructures déjà en place, passer par la Russie est une alternative plus que crédible. Là aussi les USA font barrage, et les petites républiques n'ont pas envie d'être uniquement tributaire de la Russie. Pour 2004, un oléoduc, financé par les américains, reliera Bakou (Azerbaïjan) à Ceyhan (Turquie). Mais sans oléoducs sous la mer caspienne, ce projet restera manchot. Le passage, pour l'instant impossible, par l'Afghanistan permettra de relier le Pakistan et toute l'Asie du sud-est. La Chine garde son projet pharaonique de relier les puits de la Caspienne à sa côte en traversant son territoire. La Russie et la Chine multiplient les contacts et accords pour prendre en charge ces transports pour l'Asie centrale. La Russie à même depuis cet été mis en route un oléoduc reliant la mer caspienne.4 . Pour les petites républiques encore très pauvres de la région, il est avantageux que plusieurs projets se réalisent, leur permettant d'être moins dépendantes d'un seul fournisseur. Plus qu'une concurrence c'est une véritable course contre la montre qui se joue alors avec les USA, qui n'ont que des projets sans aucun avancement sur le terrain. Parmi les entreprises investissant dans la région de la Caspienne, on peut trouver de nombreuses entreprises pétrolières US, et même particulièrement texanes. Par exemple, le société Chevron particulièrement bien implantée au Kazakhstan via le consortium Tengizchevroil. [mais aussi : Amoco, Exxon, Unlocal, Pennzoil…] De la même façon, énormément de cadres de l'administration Bush, sont d'anciens décideurs de compagnies pétrolières, comme le vice-président Dick Cheney ancien dirigeant d'Halliburton, prestataire de service de l'industrie pétrolière, Condoleeza Rice actuelle directrice du conseil national de sécurité est une transfuge de Chevron, les secrétaires au commerce ou à l'énergie, provenant de Tom Brown ou d'Exxon5. Georges W Bush lui même, a été à la tête de compagnie pétrolière texane. Il a même était directeur d'une société recapitalisé par Khalid Bin Mazhouf, grand argentier du terrorisme islamiste international6 ; D'ailleurs ce n'est pas un cas isolé, investisseurs américains et saoudiens siègent dans les même conseils d'administration. Ben Laden ayant toujours ces billes dans ce monde des affaires, les financements de ces organisations passant toujours par le capital saoudien. On comprend mieux les convergences d'espoir survenu alors, en 1996 lors de la prise de pouvoir des taliban. Pour revenir et peaufiner ce tableau de l'Asie du Sud, il faut rappeler que l'Afghanistan est un énorme producteur et exportateur de pavot et d'héroïne. Ce trafic représente des sommes colossales . Pour ceux qui ont le pouvoir dans la région d'abord, par exemple lorsque les taliban contrôlaient la majeure partie du territoire, ils imposaient un dîme sur les récolte, qui s'élevait à 12,5% de la récolte pour le pavot qui était ensuite soit revendu soit raffiné par leur soins, plus une taxe aux « cuisines » qui transformait le pavot en héroïne, et enfin une taxe pour le transport de la drogue. Ce trafic s'inscrit dans des réseaux mondiaux hyper-lucratifs. Par exemple les zones d'influences de la CIA se déplace avec les foyers de productions des drogues dites dures, du Viet-Nam, à l'amérique latine (cf intervention au Panama) à l'Afghanistan aujourd'hui. On peut donc penser aussi, que de nombreuses multinationale récupère et capitalisent leurs investissements dans la région rapidement grâce à ce trafic. Pour poursuivre le développement de cette région, des accords stables doivent être conclues, particulièrement en Afghanistan où il faut constituer un Etat, capable de gérer le pays dans son entièreté. Les Taliban, ont réussi, par une discipline féroce, à maintenir l'ordre et à composer avec la multitude de chefs Afghans. C'est pourquoi de 1996 à juillet 2001, ils ont toujours été une carte à jouer, des représentant avec qui négocier. Sinon il faut réussir à les éliminer complètement, et constituer à nouveau un Etat avec les autres forces en présence, sur les bases d'une organisation sociétale encore tribale. Les guerres de notre temps ne sont uniquement que des partages d'influences et de leadership capitaliste. Les conflits de ces dix dernières années nous le confirment, des bombardements de Bagdad à Kaboul en passant par Belgrade ou Grozny. Finalement, on voit que l'enjeu principal est de savoir quel avenir économique se dessine de Djeddah à Kaboul, et qui gardera ou renforcera son influence. C'est toute la folle course partout dans ce monde, qui nous amène à des guerres, des conflits et à subir la misère de nos vies. Des enjeux et des concurrences au sein de la classe dirigeante pétrolifique Par la nature même des structures terroristes islamistes, nous avons à faire à des luttes intestines au sein du capitalisme. C'est-à-dire que l'objectif n'est certainement pas de raser les USA, telle la Rome antique. Par contre le réel pouvoir visée est celui en place en Arabie Saoudite en particulier et dans le monde arabe de fait. Oussama Ben Laden et consors le déclarent d'ailleurs tout simplement. Issues de la classe bourgeoise ou moyenne, les groupes terroristes ou d'opposition sont de véritables concurrents directs au sein de la classe dirigeante arabe. Et ce qu'ils réclament, c'est le remplacement ou le partage du pouvoir et des ses dividendes. Eric Hobsbawm le dit clairement dans un interview publié dans Libération du 20/09/01, que ce soit sur la nature des protagonistes : « Mais les groupes qui agissent, eux, sont tout sauf le fruit de la pauvreté et, en aucun cas, ne sont manipulés par elle. Les terroristes sont au contraire issus de milieux plutôt favorisés: il s'agit souvent d'étudiants à l'université, n'oublions pas qu'ils possèdent des brevets de pilote. Ils sont eux-mêmes fils de la mondialisation, à la faveur de laquelle ils se déplacent sans encombre du Yémen à la Floride. », ou sur leurs réels objectifs : « Personnellement, je ne crois pas que les terroristes entretiennent l'illusion de pouvoir réduire la puissance américaine à néant. En revanche, ils se savent capables de déstabiliser une situation politique plus vaste et déjà tendue. A mon sens, leur véritable objectif est de renverser les gouvernements modérés du Golfe, l'Arabie Saoudite et les Emirats en premier lieu. Les terroristes constituent une classe dirigeante de rechange qui se propose de conquérir le pouvoir dans la zone pétrolière. ». Ce conflit au sein de la classe dirigeante, est une réalité organique. Hier plus prompt à être embrassé par le nationalisme pan-arabe, aujourd'hui l'islamise serait en meilleur position pour jouer ce rôle. Et puis au royaume des Saoud, notamment, les mosquées sont le seul lieu de critique du régime. En 1979, 500 membres des « Frères Musulmans » prirent d'assaut et envahirent la grande mosquée de la Mecque pour protester contre la dégénérescence du régime du roi Fahd, qualifié alors de : « corrompu, ostentatoire et pâle copie de l'Occident. ». La famille Ben Laden fut considérée comme plus que complice de cette action, qui finit dans le sang et l'intervention des services spéciaux français. D'abord parce que les Frères Musulmans arrivèrent avec des camions du groupe Bin Laden, ensuite parce que pour réussir ce coup de force il fallait connaître les plans du site… construit par le groupe Ben Laden ! Par contre tous les protagonistes furent décapités, sauf Mahrous Ben Laden, arrêté pour complicité mais sauvé par les relations familiales avec le régime7. Cette opposition dure couplée avec une corrélation forte au régime, on la retrouve dans le financement des organisations du type Al Qaida, dans les conseils d'administration des grands groupes financiers ; et dans certains objectifs politique. des enjeux et des répercussions au sein du capital occidentale Avec l'attaque sans précédent du 11 septembre 2001, on a pu voir une sorte d'offensive sur de multiples « fronts ». Sur des positions économiques, sociales, diplomatiques et militaires, les capitalistes américains, et derrière eux l'ensemble des capitalistes occidentaux ; ont avancés leurs pions. Le plus loin possible. Comme l'aurait dit Jo Moore, conseiller du ministre britannique des Transports, dans un e-mail à ses collègues, le 11 septembre 2001 « c'est le moment de faire passer tout ce qu'on avait dans nos tiroirs. ». On a d'abord vu une déclaration de récession annoncée. Il est sûr qu'un ralentissement économique a eu lieu après les attentats touchant le world trade center. C'est d'autant plus vrai que l'économie capitaliste était rentrée dans un cycle de récession bien avant la date fatidique du 11 septembre 2001. Par exemple, le secteur de l'aviation avait des dégraissages en perspectives. A partir du 11 septembre c'était donc le moment pour le faire, voir d'en faire un peu plus. En fait, on peut résumer que pour bon nombre de secteur économique nous sommes en période de concentration du capital. Ainsi on nous parle beaucoup de la chutte de la net-économie, pourtant tous ces marchés réels ou potentiels ne sont pas devenus aussitôt caduques. Par contre il y a une réelle épuration parmi les acteurs économiques. Et donc une concentration pour qu'une frange soit capable d'assumer et de soutenir ces marchés. Une sorte de darwinisme économique. Les larmes de crocodiles et les appels à se serrer les coudes n'ont donc pour but que de mieux extraire la plus-value. On a même pu assister à l'intervention direct de l'Etat dans l'économie nationale. Aux USA, après les attentats, des milliards de dollars ont été injectés pour soutenir le secteur de l'aviation. On parle beaucoup d'un rôle de l'Etat pour soutenir les marchés, les secteurs économique en difficulté. Que l'on ne s'y trompe pas, malgré le sourire narquois des régulateurs néo-kénésyiens de tout poil, cet interventionnisme de l'Etat n'a rien a voir avec un retour à l'Etat-Providence, forme aujourd'hui complètement caduque de gestion du capital. En effet, cette intervention n'a pas pour but de redistribuer un tant soit peu la valeur productive du capital, ni de mettre en place des interventions sociales structurantes. Bien au contraire, on reste dans le cadre d'injection financière par des banques centrales, et de plans d'aide à des entreprises, qui continuent à licencier quand même. Là où l'Etat se renforce aussi, c'est dans sa prise en main des tâches régaliennes, augmentation des crédits militaires et rôles de l'armée, loi sécuritaires à plusieurs niveau, renforcement du contrôle social aussi bien dans le discours et son acceptation que de sa forme la plus répressive (vigipirate, contrôle renforcée, camp de concentration type Sangatte…). Où l'on voit que l'Etat renforce son étau sur l'ensemble de la population, et particulièrement sur les franges du prolétariat dont il aurait peur de perdre le contrôle. C'est d'autant plus clair avec la menace de 6 mois de prisons pour les fraudeurs de la SNCF (« banlieusards restez chez vous ! »), ou l'interdiction de stationner dans une cage d'escalier (« et chez vous on viendra vous débusquer ! »). Toute revendication appelant l'Etat à prendre l'initiative revient à renforcer cet état de fait, puisque c'est le seul rôle possible pour l'Etat aujourd'hui. On le voit bien par exemple quand l'écologie officielle ne peut que proposer des mesures répressives. Le capital n'a plus besoin de sa variante fasciste pour assumer ses périodes de crise, puisque la démocratie est totale, sans limite, immuable. Enfin il se dessine clairement une nouvelle forme d'intervention militaire, qui change le rôle même de l'armée. Bien que de façon innovante à chaque conflit, l'armée fait office d'instrument du contrôle social. Un lieutenant français de retour du Kosovo l'exprimait ainsi : « La compagnie avait pour mission le contrôle de zone et donc de foule sur le pont. IL faut savoir que pour présenter leurs griefs, un des modes d'expressions, tant des Serbes que des Albanais, est la manifestation, souvent violente. Pour nous c'était une nouvelle mission. ». Reprenant les réflexions sur la guerre et son rôle de Karl Korsh, le collectif ab irato notait que « Aujourd'hui, les armées d'intervention impérialiste des Etats poursuivent leur transformation et leur spécialisation. Dans un contexte de restructuration des économies fondée sur une précarisation croissante du marché du travail et une marginalisation massive de la surpopulation prolétaire, et de conflits sociaux prévisibles, l'armée doit protéger également l'Etat contre les nouvelles classes dangereuses. Encore plus que par le passé, l'armée doit être prête à assumer un rôle de police interne. » Si on prend le monde comme un vaste espace de production, de marchandises et d'échanges, on peut penser que ces intervention sont aussi de la police interne dans des sou- régions –comme le nomme les géo-stratèges- pas assez, pas encore ou mal, intégrées aux cycles de production et de valorisation du capital. Nestor Pantruche