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AVEC L'ENTREE DU MONDE DANS UNE NOUVELLE PHASE DE GUERRE GENERALISEE (la coalition internationale de la bonne conscience contre les "Etats terroristes antidémocratiques") refleurissent, dans le camp de la contestation intégrée, le pacifisme bien-pensant et l'antimilitarisme simplificateur tandis que, de l'autre côté de la barricade, on nous assomme d'une propagande mêlant militarisme forcené et bons sentiments humanitaires.
Le parti de la guerre
Certes, dans son immense majorité, la classe politique, droite et gauche confondues, se déclare favorable à la guerre et s'unit glorieusement derrière la grande démocratie américaine frappée, dit-on, dans ses bases mêmes (le capital et les moyens de sa défense contre l'ennemi extérieur, l'armée). Il est vrai que certains politiques, personnalités intellectuelles et autres piliers du régime, de temps à autre, s'efforcent de relativiser leur bellicisme et de justifier ce projet militariste en exprimant quelques réserves, en osant courageusement émettre certaines conditions à l'engagement, à l'assistance auprès de " nos amis américains" : l'aval de l'ONU, dont les quelques centaines ou milliers de bureaucrates sont censées exprimer les volontés de la planète tout entière, pas de précipitation dans la riposte contre les terroristes, une riposte proportionnée à l'affront, bref du tact et de la civilité dans l'extermination. Mais il ne s'agit là que de nuances dérisoires qui masquent mal le consensus patriotique et guerrier autour des valeurs dominantes de la "démocratie" (formelle/ procédurale) et des droits de l'homme. Ces précautions oratoires sont justifiées tantôt par des visées électorales (en France, dans le contexte de campagnes pour les présidentielles de l'an prochain), tantôt par des considérations stratégiques dictées par des rivalités d'intérêts en Asie centrale et les tendances impérialistes propres de chaque grande puissance.
Il faut également inclure parmi ces bien-pensants toutes les organisations léninistes, neo-post-staliniennes, crypto-trotskistes, paléo-maoistes et tous les rebuts chargés de l'encadrement du mouvement ouvrier, qui, en matière d'oppression et d'exploitation, ne peuvent raisonnablement se permettre de donner des leçons. Celles-ci continuent de ressasser leurs vieilles antiennes tiers-mondistes et anti-impérialistes, de cautionner des luttes de libération nationale, exaltées comme une étape nécessaire et décisive de l'émancipation prolétarienne. L'aveuglement théorique de ces "organisations révolutionnaires" paraît sans limites ; historiquement, ces prétendues luttes de libération nationale n'ont été que des luttes d'embrigadement nationale ; elles n'ont jamais fait que porter au pouvoir de nouvelles bureaucraties célestes ou terrestres et entériner de nouveaux régimes d'exploitation, avec généralement l'approbation et le soutien sans failles de leurs ex-puissances colonisatrices. Aujourd'hui, messieurs les étatistes, permettez-nous de douter que la création d'un Etat national indépendant en Palestine puisse constituer une voie d'émancipation du prolétariat palestinien. Il est frappant, à ce sujet, mais finalement assez compréhensible, de voir s'établir une telle convergence idéologique entre ces positions anti-impérialistes classiques et les récentes déclarations d'un certain président des USA en exercice, se déclarant lui-même favorable à la construction d'un tel Etat palestinien.
Pacifisme et pacification
Depuis au moins la 1ère guerre mondiale (date à laquelle la social-démocratie se signala avec force par sa capacité d'intégration à l'ordre capitaliste en place), le pacifisme repose sur un certain nombre de dogmes plus ou moins réactualisés à chaque époque, mais immuables sur le fond :
- la confiance dans le droit, dans la légalité qui doit être tout au plus perfectionné ou réformé : appel à faire juger les responsables des attentats par un tribunal international; la guerre, contraire aux règles du droit international, etc.
- la défense de la démocratie formelle : les conflits pourront être résolus sans violence, par le dialogue, la concertation entre "hommes de bonne volonté", comme s'il n'existait aucune opposition d'intérêts (de classe) liée à des déterminants économiques et financiers, géopolitiques, stratégiques et militaire, etc.
- la foi dans "le peuple", ou, dans un langage plus moderne, la population civile, la société civile, notions interclassistes entre toutes, qui ramène tout affrontement à un conflit entre l'Etat militarisé et une population rassemblant, sous le même statut de victime, bourgeois et prolos, exploiteurs et exploités, dominants et dominés.
Pour être certain de rassembler toute la société autour de son Etat, pour éviter, conformément à ce grand projet fédérateur qu'est l'union sacrée autour de la nation menacée, toute division sociale, voire une radicalisation da la lutte de classe, la classe dominante dispose d'une arme imparable : le pacifisme, et d'un instrument politique fidèle, bien réglé et efficace : l'extrême gauche .[Ce n'est pas que l'Etat et ses diverses idéologies mobilisatrices aient crée de toutes pièces son opposition de gauche, mais, que, dans la société de classe, l'extrême gauche est objectivement la dépositaire instituée d'une fonction bien spécifique]. Cette tendance de l'appareil politique du capital/de la bourgeoisie regroupe une multitude de partis, de groupuscules, d'associations spécifiques, d'organisations humanitaires ou de collectifs créés pour la circonstance , dont le point commun est de défendre, sur la base de considérations idéologiques très hétérogènes, la paix durableÖ Une paix qui masque la réalité d'une guerre sociale permanente ne se manifestant pas uniquement de manière intermittente (au fil des événements sélectionnés par les mass-media), par des moyens militaires, mais dans toute notre survie quotidienne à travers le contrôle social généralisée, la soumission à la marchandise, la misère du travail (ou du non-travail) aliéné, etc. etc. ; ils se déclarent adversaires résolus de la guerre avec des slogans d'une déconcertante naïveté (du type "non à la guerre" - comme s'ils pouvaient choisirÖ- ou "quelle connerie la guerre") et appellent les Etats à baisser leurs armes et à rechercher une solution pacifique au conflit.
Leurs argumentations sont généralement de types humanistes/humanitaires et moraux/moralisateurs : la guerre est meurtrière, elle provoque de famines, des transferts de population, met à genoux des économies déjà fragiles, et déstabilise des régions tout entières avec des risques d'extension des conflits aux pays voisins. Tous ces faits sont incontestables et il est certainement utile de les rappeler.
Mais la fonction idéologique spécifique de cette mouvance pacifiste/antimilitariste est de présenter la guerre comme un dysfonctionnement, comme un déséquilibre à l'intérieur de la formation économique et sociale en place , déséquilibre qu'il s'agit de combattre afin de revenir à cet équilibre "nature" (naturalisé) :la démocratie, l'amitié- entre-les-peuples, le-respect-de-la-personne-humaine-et-de-ses-droits. Bref, le rôle idéologique du pacifisme est de masquer que la guerre fait intégralement partie du développement capitaliste, qu'elle en est le moteur principal et que nous ne pourrons nous débarrasser définitivement de toute guerre qu'en mettant fin à l'oppression sociale, économique et politique dont le capitalisme et l'Etat sont probablement la plus haute synthèse.
Le meilleur ami du pacifisme, c'est l'humanitarisme : pour chaque cause à défendre, ces deux idéologies se retrouvent toujours côte à côte au service d'un seul projet : la domestication sociale.
L'humanitaire : la main gauche du militarisme [la charité au nom de l'Etat]
L'humanitarisme est l'avatar moderne du vieil humanisme bourgeois. Il a ses représentants, ses théoriciens, ses adeptes, ses infrastructuresÖL'humanitaire, c'est la révolution des dominants.
Depuis la guerre du Biafra en 1967, qu'il soit mis en úuvre par des organisations spécialisées de l'Etat ou des Nations unies, ou par des organisations dites non gouvernementales, il assume une fonction stratégique cruciale dans la direction stratégique et idéologique des guerres modernes :
Sur le plan militaire et stratégique, les opérations humanitaires sont parties intégrantes de l'offensive militaire. Selon les cas de figure, l'humanitaire permet notamment d'ouvrir de nouveaux fronts de combat en servant de couverture à des opérations armées, de maintenir la population dans un état de dépendance chronique qui permettre, le moment venu, de lui faire accepter à peu près n'importe quoi, notamment un nouveau régime tout aussi exploiteur que le précédent, mais revêtu cette fois du label "démocratie".
Sur le plan idéologique, il représente la meilleur justification idéologique de ces opérations militaires présentée comme des offensives contre un régime et non contre ses populations, auxquelles on envoie des vivres. En effet, comment protester si la vindicte de l'Etat vise quelques démons isolés (hier, des "Etats voyous", aujourd'hui des "nébuleuses terroristes") et non une population, à laquelle nous avons la bonté d'envoyer quelques caisses de nourriture ? Le seul problème est que les prétendues frappes ciblées, " chirurgicales", n'existent pas, sont irréalisables techniquement et, surtout, ne sont pas même le but de la guerre. Car, en plus des victimes directes des bombardements, il faut compter toutes celles et tous ceux qui crèveront de l'absence de nourritures, de soins, résultat des bombardements et qu'aucune aide humanitaire ne pourra jamais combler.
En d'autres termes, l'humanitaire est un instrument indispensable de la propagande menée par les Etats pour construire une "opinion publique", c'est-à-dire recourir à un arsenal idéologique subtil pour obtenir le consentement de ceux-là mêmes qui seront les victimes, les perdants de toute guerre capitaliste : les prolétaires d' "occident" ou d' "orient".
Et quoi de plus facile que de balancer quelques tonnes de vivres humanitaires pour soulager la bonne conscience des dirigeants occidentaux et de neutraliser préventivement toute velléité de lutte réelle ?
Enfin , l'humanitarisme est attachée à une neutralité bienveillante, un apolitisme qui en fait par cela même un auxiliaire de tous les pouvoirs existants; il ne désignera jamais les causes réelles de la guerre, ses enjeux impérialistes. Il représente un substitut à toute contestation sociale réelle et menaçante pour l'ordre international en confiant à des organismes spécialisés cette fonction critique déformée en une tâche de gestion bureaucratique des "effets pervers" du militarisme.
Le prolétariat mondial, tous ceux qui, aux quatre coins de la planète, subissent l'exploitation et la domination d'un système capitaliste unifié internationalement, n'a pas à prendre parti dans les rivalités impérialistes actuelles dont la nouvelle guerre en Afghanistan n'est que l'une des sinistres réalités. Selon nous, il ne peut sortir de toutes ces impasses - le militarisme, le nationalisme, le pacifisme ou le fondamentalisme- qu'un conquérant son autonomie de classe dans ses luttes quotidiennes contre le capital et son administrateur politique, l'Etat, et en créant ou consolidant ses propres formes d'organisation, envers et contre tous les partis, tous les syndicats et toute les "organisations révolutionnaires" qui prétendent le représenter pour mieux la neutraliser.
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