Tract distribué en avignon par "Les IncivilEs" lors de la manifestation contre la guerre en Irak, samedi 1er mars:" OUI A LA GUERRE ! SOCIALE CONTRE LE CAPITAL ! "La guerre est engagée par chaque groupe dirigeant contre ses propres sujets, et l'objet de la guerre n'est pas de faire ou d'empêcher des conquêtes de territoires, mais de maintenir intacte la structure de la société." 1984, George Orwell LES CAUSES DE LA GUERRE ? ET DE LA PAIX. La péninsule arabique et la Turquie se remplissent chaque jour un peu plus de matériel et de combattants américains et anglais et la guerre semble aujourd'hui "inévitable". C'est reparti pour un tour, il est vrai que cela faisait bien un an que Bush n'avait fait des siennes et qu'on avait pas ressorti les banderoles. La grosse ficelle de Saddam Hussein étant usée et presque périmée, le prévisible spectacle de son élimination et ses préliminaires sont loin d'atteindre l'efficacité de précédents célèbres (Milosevic ou Ben Laden); d'ailleurs, cette fois-ci, les opinions publiques ne sont pas convaincues de la nécessité de cette guerre? Il est vrai que les médias français, qui ont récemment découvert les enjeux économiques et géostratégiques du Moyen Orient, démasquent sans peine, sous les rudimentaires prétextes juridiques et moraux , les objectifs des USA et de son complexe militaro- industriel-pétrolier? Mais cette pertinence a des limites, celles de la raison d'état, et dont les journalistes sont les servants ; la position de la France (de l'Allemagne et de la Russie) est ainsi présentée comme celle du droit, de la raison et de la paix. On évoque peu le fait que les antagonismes économiques entre états capitalistes sont bien moins émoussés que l'Hiver dernier : les entreprises françaises et russes seraient, en cas de paix et de levée des sanctions contre l'Irak, aux premières places pour emporter de juteux marchés (exploitation du pétrole, reconstruction du pays? ) ; l'intervention américaine les offrirait prioritairement aux compagnies anglo-saxonnes? Si, comme tout le laisse penser, les USA envahissent l'Irak, nos diplomates, qui tentent de jouer placés et gagnants, négocieront au prix fort (en terme de contrats d'exploitation) le ralliement de la France au camp belliciste ; ni le sort des enfants et prolétaires d'Irak, ni celui de leur dictateur, ni les manifestations pacifistes ne détermineront leurs choix. PACIFISME A GEOMETRIE VARIABLE. Les militants pacifistes et les organisations qui les encadrent (rejoints par les débris de la "gauche plurielle" qui ont géré au mieux les conflits précédents - Golfe, Kosovo, Afghanistan - et apprécient beaucoup moins les bombes et le sang une fois dans l'opposition) arpentent à nouveaux le pavé contre les busheries les plus spectaculaires . Si durant la guerre du Kosovo nombre de pacifistes et même d'antimilitaristes encouragèrent les bombardements de l'OTAN, lors de l'intervention américaine contre l'Afghanistan les mêmes demandèrent que les massacres s'effectuent sous l'égide de l'ONU ("garant du droit international"). Les revoilà qui étalent aujourd'hui leurs incohérences en refusant la guerre contre l'Irak "qu'elle se fasse sous mandat de l'ONU ou non", maltraitant ainsi leur droit international chéri (qui ne leur convient plus); elles espèrent néanmoins son bon fonctionnement quand elles demandent à la France d'utiliser son droit de veto ? On remarque au passage que, pour certains, si des guerres sont horribles d'autres peuvent être "justes", légitimes, légales, nécessaires ou "humanitaires" (seules les mauvaises guerres faisant des victimes innocentes-civiles). La fonction idéologique spécifique de cette mouvance pacifiste est de nous présenter la guerre comme un dysfonctionnement, comme un déséquilibre à l'intérieur de la formation économique et sociale en place, déséquilibre qu'il s'agit de corriger pour revenir au point d'équilibre: la démocratie, l'amitié-entre-les-peuples, le respect-de-la-personne-humaine-et-de-ses-droits. Correction de ces dérapages réalisable par un sursaut de nos politiciens, la négociation, l'instauration de la taxe tobin, d'une taxe sur les armements, d'un contrôle citoyen des institutions internationales etc. Il s'agit donc de cacher/oublier que la guerre fait au contraire intégralement partie du développement capitaliste, qu'elle en est une composante, un moment de la vie du capital, et que nous ne pourrons nous débarrasser définitivement de toute guerre qu'en mettant fin à l'oppression sociale, économique et politique dont le capitalisme et l'Etat sont probablement la plus haute synthèse. NI GUERRE EN IRAK, NI PAIX ENTRE LES CLASSES ! Manifester et mobiliser pour dire "non à la guerre" et demander au Parlement et aux autorités françaises de dire "non" c'est avant tout reconnaître la légitimité de ces institutions, de son fonctionnement, du droit , c'est croire que la démocratie peut empêcher la guerre (toutes les guerres et massacres coloniaux menés par la France au XXème siècle ne l'ont été que par des gouvernements démocratiques, de gauche ou de droite, respectant nos institutions, que les opinions publiques soient pour ou contre). Plus que jamais, c'est à l'intérieur de ses rouages que le capital pourra être mis à mal, en remettant en cause sa capacité de production, sa capacité de domination, en rendant caduc toute valorisation capitalistique. C'est en refusant de marcher au pas, pour la démocratie et pour le monde tel qu'il est aujourd'hui que le renversement et le bouleversement des rapports sociaux peut s'entrevoir. LE CAPITALISME C'EST LA GUERRE Contre le capitalisme il n'y a qu'une lutte réelle, la guerre sociale. Les IncivilEs . Avignon, mars 2003 incivils@freesurf.fr sites recommandés par les IncivilEs : http://www.ainfos.ca http://traitsnoirs.lautre.net http://abirato.free.fr/ http://www.geocities.com/demainlemonde/ http://www.geocities.com/paris/opera/3542/ http://internetdown.org/ (plusieurs tracts contre le capitalisme et ses guerres dont ceux de l'Oiseau Tempête et celui des frangins de Khaled Kelkal).